Le Procès des bonnes intentions

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Il nous arrive souvent à tous de questionner le passé pour comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui ; où et à quel moment avons-nous mal agi et enclenché les conséquences que sont nos déboires actuels ; de quelle façon avons-nous manqué de jugement et pourquoi ; avions-nous à l’époque été avertis, invités à la prudence et sciemment ignoré les signaux d’alarme.

C’est un travail d’introspection que nous faisons tous pour essayer de nous corriger et régler notre présent. Bien entendu souvent, il est facile d’indexer des coupables, responsables de ces manquements et se dédouaner facilement soi-même pour ne pas porter la charge de la responsabilité de ce qui nous arrive. C’est courant, même banal. Les esprits bien alignés et ceux qui veulent vraiment changer leurs situations actuelles font la part des choses et prennent sur eux de régler la situation, soit par eux-mêmes, soit en sollicitant des aides diverses pour appuyer leurs efforts.


Afrique:

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Cependant, lorsqu’à l’analyse de la situation de l’Afrique et par extension du peuple noir, on questionne le passé, on se rend compte non seulement de l’absence organisée du passé réel de ce continent et de cette race, mais aussi, et c’est encore plus bizarre, on constate l’appropriation et la défense acharnée par des Africains et des noirs, de ces mascarades qui ont servi à substituer le véritable passé historique et les vraies leçons qu’il enseigne. Il est vrai qu’on a effacé cette partie de l’histoire, on l’a remplacée par des inventions tellement ingénieuses et répétées à l’envi que, toute forme alternative de lecture du passé qui échappe à la doxa enseignée est rejetée violemment, critiquée et bannie comme hérésie, surtout quand elle est partagée par les noirs et Africains eux-mêmes, et pire, même si ce sont ceux qui reconnaissent avoir effacé la véritable histoire des noirs en présentent aujourd’hui la vérité.

L’histoire est écrite par les vainqueurs dit-on, mais on ne peut effacer définitivement la trace d’un passé certain, et les falsifications résistent peu à l’usure du temps, fut-il long. La première leçon qu’on apprend au noir est qu’il est esclave, vendu comme tel par ses parents par le passé contre des futilités (or et miroirs); on lui dit qu’il est colonisé, d’ailleurs la leçon est donnée dans une langue qui n’est pas la sienne, mais celle du glorieux colon qui lui a apporté le savoir, mû par un humanisme pur et magnanime. On lui enseigne que ce qu’il est relève du médiocre que la lumière lui vient de l’occident, d’ailleurs Dieu le créateur n’est-il pas blanc et Adam le premier homme ainsi que Jésus le sauveur de sa triste humanité ne sont-ils pas blancs? Ainsi, il grandira dans le rejet de ce qu’il est et dans la tentative erronée d’être ce qu’il n’est pas, c’est à dire autre chose que noir et Africain avec ce que cela comporte de valeurs, de culture et de vertus. Ce sera tellement ancré dans sa tête, d’autant plus que pour évoluer dans les sociétés où il vit, sociétés construites à l’exemple des sociétés occidentales dans un déni patent des réalités géographiques structurelles et de l’histoire particulière de ces peuples, il doit adopter: la langue, la culture, la foi et les traditions occidentales. Il n’a pas le choix. Il naît et aussitôt il meurt dans ce qu’il est en vérité, pour devenir l’avatar de tout ce qui est loin de lui, très loin de ses réalités. Alors, fort de cette nature adoptée, il s’opposera par facilité (J’aurais pu dire lâcheté), farouchement et de façon inflexible à toute nouvelle approche, toute idée qui n’est pas ce qu’il connaît (prêtez attention à la première syllabe de ce verbe).

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Aurait-il été rendu si paresseux et si malléable par le temps et les sévices subis ? A-t-il tout simplement démissionné ou est-ce juste la force de ses convictions qui pousse l’Africain, le Noir à ne pas considérer les différents éclairages pertinents qui lui permettront de sortir de la grotte d’ignorance dans laquelle il se pense si confortable. Au questionnement de son passé, pour trouver les explications pour son actuelle situation (pauvreté, misère, instabilités politiques, migrations…) il bute sur un ramassis de documents prétendument historiques, qui n’ont pas la moindre considération pour la vérité et pourtant c’est cela qu’il s’approprie.

Les descendants d’esclaves se sont appropriés l’idée d’avoir été octroyés contre de l’or et des miroirs. Ils ont oublié que l’Europe n’en produit pas, le sous-sol européen n’en contient pas, oublié que les premiers miroirs dans l’histoire du monde c’est en Afrique et en Asie mineure qu’on les retrouve essentiellement ; qu’ainsi il aurait été difficile pour les peuples Africains de s’extasier devant quelque chose qui n’était guère nouveau, les empires Africains racontent l’histoire de sociétés civilisées au contact du monde. Mais bon !

Les colonisés d’Afrique ne peuvent se permettre d’imaginer un seul instant que Dieu ne soit déjà pas un être anthropomorphe et pire pas blanc. Jésus les cheveux longs et lisses et toute sa cohorte de saints bienheureux et anges célestes sont blancs et vont sauver l’humanité à la fin des temps, le respect de ces concepts vaut accès au paradis après le jugement dernier. Par contre l’infâme Satan, Lucifer, le diable et ses démons sont noirs, obscurs et vilains et tout ce qui se rapproche du panthéon traditionnel africain est de l’ordre du mal, vaudou et compagnie ainsi incriminés sans sommation.


Tous pareils

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J’ai comme tant d’autres grandi dans cette ambiance et construit tout mon imaginaire religieux à l’aune de ces enseignements. Dans mon inconscient mes références sont celles-là, Dieu blanc le Diable noir. Tout ce corpus de faussetés sont devenus des réflexes qui conditionnent tout notre fonctionnement. Puis j’ai tenté d’en savoir plus et de m’ouvrir davantage à des sources alternatives, prenant le risque de remettre fondamentalement en cause tout ce que j’avais acquis, qui m’avait surtout été inculqué par l’éducation. Puis tout est devenu plus clair. Sans remettre tout à plat, du moins dans les principes puisque ceux-ci nous viennent pour la plupart de l’Égypte antique et nos traditions en conservent encore la quintessence, cela m’a permis au moins d’en finir avec le rejet systématique de ce que je suis et de mettre fin à l’infériorisation automatique qu’induisent les enseignements reçus. Je me suis dès lors considéré différemment et j’ai choisi de profiter des bienfaits de la colonisation c’est à dire: une langue me permettant de communiquer avec plusieurs autres peuples, un mode d’existence qui me permet de m’ajuster à d’autres et une connaissance précise de leur histoire etc. et des avantages de ma nature et de ma culture: une certaine conscience de la déité en l’homme, un meilleur respect de la nature et de l’environnement, de grandes considérations d’ordre philosophique et des secrets de vie intégrés dans ma langue maternelle, une réappropriation de vérités historiques qui furent africaines mais vendues après spoliation, comme éléments de colonisation etc..

Alors de ce point de vue, j’embrasse cette dualité entièrement et j’en profite pour appréhender les problèmes du présent avec plus force et de conviction. C’est peut-être cela la résurrection véritable qu’il nous faut. C’est en étant plus nombreux à faire cette approche, refusant le diktat de la bienpensance de colonisés pour aborder d’autres perspectives plus vraies et plus rationnelles, que nous changerons les Africains et les noirs, pour ensuite changer l’Afrique. Ce n’est pas Blackpanther qui va nous aider, le Wakanda n’existe pas.


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Je vois déjà monter les étendards, qui pour parler de « rejet du blanc » ou même de « racisme anti blanc », qui pour sortir des concepts creux tels les fiertés nègres et les récriminations vaseuses contre l’Europe citant du Cheikh Anta Diop (pire du Kémi Séba) à tour de bras. Je réitère en fermant ce texte que mon propos vise l’identification de notre vrai problème de déboussolés et appelle à un réveil des consciences afin que nous puissions entamer la vraie révolution qui nous sortira des ornières. On court si facilement à réclamer par de vains discours des réparations de torts sans se pencher sur les véritables moyens de correction de nos problèmes: une éducation réaliste pour nos enfants, et l’institutionnalisation de nos valeurs traditionnelles séculaires. il nous arrive trop de les considérer juste comme des loisirs et des distractions. 

Comme ça se fait en occident……………

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PS: il y en a qui diront pourquoi l’image d’un singe? #EffetH&M

Une réflexion sur “Le Procès des bonnes intentions

  1. Eteh Komla Adzimahe dit :

    Pourquoi l’image du singe ? peut-être n’avons nous que trop singé ce que nous avons appris d’eux ?
    Je suis comme toi, au demeurant. Je m’ouvre à bien d’autres choses, et je cherche pour peu que je la trouve, un peu de vérité sur nous-mêmes, et un peu plus d’attachement à nos traditions, à nos cultures. Pour qu’on recommence par reverser de l’eau sur la tôle à la sortie d’un nouveau né. (sourire). Ma prochaine lecture risque d’être d’ailleurs sur le Fâ. Que je n’ai pas.

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