Sur les pas d’Adèle (1)

Le dimanche à Monaco, au bord des falaises abruptes et escarpées qui trempent dans les éclaboussures des vagues et la baie des algues, un homme est assis les pieds dans le vide et l’esprit dans le vague. Torse nu, la chemise attachée aux reins, son pantalon blanc retroussé jusqu’aux genoux, il est arrivé là au bord du matin, lorsque la nuit s’éclipse à la lumière du jour. Le chant des mouettes qui croisent leurs vols avec les Albatros et les canards, le gazouillis des moineaux et les piafs des hirondelles, troublent la quiétude de l’homme.

Il s’est laissé conduire jusqu’à cet endroit perdu de Monaco s’égarant sans peine. Sa voiture garée, il est sorti pieds nus et a entrepris une marche titubante, longeant le sentier effilé à travers la broussaille, les canettes et les mégots de cigarettes. Il avait consommé tant d’alcool à se rendre automate, à en entendre des voix, qui lui disaient dans sa tête d’aller loin, seul, jusqu’au bord de la falaise.

S’étant assis les pieds dans le vide, humant l’air marin à se remplir les poumons de sel, il a enlevé sa chemise qui l’étouffait, en tout cas c’était l’impression qu’il avait.

Hier samedi, il était sorti de son hôtel pour faire le tour de la ville monégasque, à la recherche de son ex frivole qui s’y trouvait avec son nouvel amant. Elle l’avait quitté sans crier gare, obsédée qu’elle était devenue par l’idée qu’il l’aimait trop, qu’elle avait besoin d’espace, d’intensité et de risques. La poésie de l’homme, son calme et la justesse de son caractère manquaient de piquant pour celle qui voulait visiblement se faire punir par la vie en quelque sorte. Alors elle est partie laissant pour seul mot « désolé » et le coeur de l’homme qui l’aimait en mille morceaux.

Les larmes ayant coulé par flots et trempé chacun des six oreillers du lit où ils se sont aimés ces six derniers mois, l’homme partit à sa recherche. Il n’avait plus de cœur, dans son thorax un organe de plomb pesant qui l’empêchait de respirer. Son seul remède était de la retrouver, elle seule calmerait son angoisse et rendrait vie à son corps.

Ils vivaient à Nice, et lui les croyait heureux ensemble, elle se savait malheureuse de tout cet amour qu’elle ne méritait pas. Une âme se sachant corrompue, par l’histoire ou le karma, voulant certainement souffrir pour compenser son sentiment de culpabilité. Alors une rencontre en ligne, un discours débridé et des propositions indécentes, l’excitation du péché et le bris de sa routine plus tard, elle finit par tout abandonner et partir.

L’homme ne s’était inquiété de rien, peut être une fois où il l’avait sentie distante, puis s’était appliqué le soir à lui donner du plaisir; un savoir faire réel qu’il possédait; histoire de la rassurer, la contenter. Mais la routine est l’ennemi de l’amour, de la vie. S’il faut soixante dix battements pour rester en vie, il faut autant de mouvements dans le train train habituel pour donner du rythme à la vie.

L’homme lui était lisse, sans aspérités, si prévisible qu’il n’est pas arrivé à prévoir qu’elle partirait de leur vie, de leur ville. Monaco c’était à côté mais elle savait qu’il était ancré à Nice, une entreprise héritée de son père qu’il avait à charge, ses habitudes qui jamais ne changent.. Monaco était donc assez loin pour qu’elle ne le croise plus et s’adonne à ses vices sans remords.

Hélas il s’était trop impliqué dans la relation et ayant choisi de ne prendre aucun risque de la perdre il s’était rangé, mais trop à son goût, tellement que pour elle, il faisait désormais partie des meubles. Rien d’excitant. Son univers s’étant adapté à la présence de cette femme qui avait tout pour elle et le contentait en tous points, il s’est juré de se battre et d’aller la reconquérir.

Monaco: on ira où tu voudras quand tu voudras et on s’aimera encore lorsque l’amour sera mort.

A suivre..

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