Sur les pas d’Adèle (2)

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La route est Longue, celle qui sépare le coeur meurtri de sa rédemption, celle qui met de la distance entre l’amour et son objet, entre l’homme et la femme qu’il aime. Trente minutes de chemin à faire et tant de souvenirs remémorés, de la rencontre jusqu’au bout de papier sur lequel le mot « désolé » avait étranglé l’artère coronaire de cet homme qui pensait retrouver comme tous les soirs sa bien aimée à la maison et passer une soirée tranquille, à couvrir son corps de bisous et marquer le territoire de ses passions.

En lieu et place de ce sourire automatique, dont il ne se rend compte que maintenant qu’il était devenu mécanique, un mot… Et tant de phrases non dites, un gouffre d’une profondeur abyssale. Le souffle coupé, la transpiration froide qui lui passa sur la tempe, et ce laps de temps interminable au cours duquel il a rassemblé tout son courage pour se rendre compte qu’elle était vraiment partie.

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Elle avait tout ramassé, de ce qui pouvait lui rappeler qu’elle ait jamais existé, tout jusqu’à leur photo prise à Paris qui trônait sur le meuble télé. Le cadre était renversé, vide. Elle avait effacé ses traces partout, rangé minutieusement les tiroirs d’où elle avait sorti ses vêtements, tout nettoyé sur son passage. On aurait dit qu’elle avait effacé ses empreintes comme sur le lieu d’un crime. Comment avait-elle pu penser disparaître de la sorte? Surtout qu’elle savait que son image et chaque détail la concernant étaient gravés dans l’esprit de cet homme qu’elle avait croisé six mois plus tôt dans une galerie d’art.

Ils cherchaient l’un l’autre un tableau à offrir et s’étaient retrouvés devant le même, lui d’abord et elle ensuite. C’était un dessin d’Octave Tassaert représentant Mozart agonisant et composant son fameux Requiem. Lui le voulait pour sa grand-mère férue de Mozart pour son 72e anniversaire; elle, voulait l’offrir à sa meilleure amie qui ouvrait un magasin de vente d’instruments de musique. La vendeuse était confuse parce qu’en effet elle l’avait vu en premier mais avait un peu hésité, et après avoir demandé le prix du tableau était partie regarder un autre tableau trois mètres plus loin.

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Lui était subjugué par elle… ses mèches brunes qui tombaient sur ses épaules nonchalantes, son petit corsage blanc sur un jean bleu, ses talons hauts rouges cirés et cette parure de perles assorties aux boucles d’oreilles, comme pour mêler élégance classique et style branché, son regard de chat perdu avec ses yeux verts et gris. D’où sort-elle, cette apparition? se demanda-t-il.

  • Vous sembliez plus portée vers cette toile de l’autre côté, pourquoi selon vous je devrais vous laisser prendre ce tableau de Mozart et chercher un autre cadeau à ma grand-mère osa-t-il lui demander en esquissant un sourire.
  • L’autre tableau m’a interpellé moi-même, mais celui-ci est parfait pour l’offrir à mon amie qui ouvre son magasin de musique répondit-elle. J’aimerais qu’elle l’ait dans son bureau quand elle reçoit des gens. Et vous, pourquoi pensez-vous que votre grand-mère serait enchantée par un tableau de quelqu’un qui agonise et écrit un Requiem, voudriez-vous lui faire penser que vous avez hâte qu’elle décède?
  • Oh Dieu Non!! S’exclama -t-il!! Je me suis arrêté à Mozart, j’ai pas pensé plus loin vous avez raison absolument je vous le laisse, mais avant cela voudriez-vous m’aider à en choisir un autre qui pourrait lui plaire et qui serait sans aucun malentendu?

C’est donc ainsi que le contact fut établi. Ils choisirent ensemble un tableau d’une dame âgée, heureuse, entourée de ses petits enfants et de ses enfants dans un salon cossu, une fenêtre ouverte sur un jardin fleuri. L’âge en Or de Safia, une artiste inconnue d’Italie.

La connaissant elle me dira qu’il ne manque que mes enfants pour compléter le tableau avoua-t-il. Il la remercia et la laissa payer le tableau. Il n’osa pas demander plus, par crainte d’un refus ou par timidité? Il ne sait pas. Vu que le tableau devra être emballé et livré chez la demoiselle, il attendit son tour à la caisse pour demander à la vendeuse de livrer le tableau qui avait interpellé la fille en plus, en y glissant sa carte qu’il lui remit. Contre un généreux pourboire elle promit de le faire. Si elle rappelle il lui proposera alors un café.


La surprise fut belle pour elle en effet lorsqu’elle reçut les deux tableaux avec la carte. Elle se dit que certainement c’était la carte du monsieur qu’elle avait croisé à la galerie. Elle se surprit ces derniers jours de repenser à lui se disant qu’il était bel homme, élégant dans son short en jean retroussé et ses mocassins peau de pêche, le polo Ralph Lauren jaune citron ajusté, bracelet de montre ceinture et chaussures assortis… Qui était il se demandait-elle sans cesse? Eh bien elle pouvait maintenant le lire sur la carte de visite qu’elle avait dans les mains: John Arthur Vitus deuxième du nom, président des entreprises Armada. Ah oui? S’exclama-t-elle!! Les entreprises Armada étaient l’un des plus gros employeurs de Nice, ils étaient dans la pêche industrielle et l’immobilier de luxe. Elle avait lu en effet dans un magazine people il y a un an, que le créateur de l’entreprise étant décédé tous les pouvoirs iraient à son fils qui ne connaissait pas l’entreprise, pour avoir longuement vécu aux États Unis pour ses études. Elle hésita alors à appeler puis se ravisa. Elle se dit que par politesse pour le tableau offert si gentiment, elle devait au moins dire merci. Cela sonna dans le vide et puis elle se résolut a laisser son message.


8AFFBBFB-0AFD-4DCC-839CC53EA4B11A3FAujourd’hui sur la route de Monaco, John se remémora cette voix , ce message qu’il a écouté plusieurs fois pour imprimer définitivement ce souvenir dans sa tête. Il lui semblait la réécouter encore à cet instant. Pourquoi a-t-elle pu le quitter? il n’avait rien fait de mal et avait tout fait dans l’ordre. Quand par exemple elle fut agacée de sortir avec lui et de devoir répondre à plusieurs questions sur sa famille et ses origines, il décida de refuser toutes les invitations et les sorties même pour le compte de l’entreprise, laissant le soin à sa soeur et à son beau frère de parader devant les caméras et les objectifs. Lui dut se contenter de diriger et de donner des entrevues à la presse dans son bureau au besoin. A part ça, son univers était Adèle.

Adèle Anchrapoulos, d’origine grecque, ses parents naturalisés français, elle est née et avait grandi à Nice dans des quartiers modestes. Son père travaillait sur un chantier naval de Nice et sa mère était femme de ménage. Bien qu’ils n’aient jamais manqué de rien elle et son frère, Adèle s’était toujours comportée de façon modeste. Quand elle obtint une bourse d’excellence pour l’université et qu’elle entra à l’école Supérieure des Hautes Études Politiques d’où elle sortit diplômée, elle avait toujours pris soin de ne pas oublier d’où elle venait. Elle avait continué à habiter avec sa mère, même lorsqu’elle avait décroché un poste d’enseignant à l’université et qu’elle avait eu les moyens de s’offrir une villa en bordure de mer. Son père mort, son frère aîné partit s’installer en Grèce avec sa femme et tenait une compagnie de tourisme; sa mère refusa de quitter l’appartement disant que c’était là-bas qu’étaient les souvenirs de son mari et les meilleurs souvenirs de sa famille et donc de sa vie. Ce n’est qu’à sa mort qu’Adèle vendit l’appartement et partit s’installer dans une petite villa non loin de la mer, seule avec ses livres.

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Elle n’avait de loisirs que lorsque son amie Florence Forestier venait la chercher une fois par mois pour écumer les clubs et tester différents types de rhum et de Tequila, danser comme des folles et noter les garçons qui les draguaient. En dehors de cela, elle avait ses lectures et les restaurants où elle mangeait souvent pour ne pas cuisinier chez elle. Aucun garçon ne lui plaisait jamais assez pour envisager une vie ensemble. Elle pouvait s’amuser mais ça n’allait pas plus loin.

Jusqu’à John. Ce dernier, les yeux perdus dans le paysage qui défilait devant ses yeux et l’asphalte qu’engloutissait l’avant de sa Porsche se posait dix mille questions. Il s’était refait le film de leur histoire qui venait brusquement de s’arrêter.

La première fois qu’ils ont fait l’amour, il a pleuré de plaisir. Cette sensation en la pénétrant de se sentir chez lui. Ce ventre brûlant d’Adèle qu’il pénétra centimètre par centimètre, comme pour ne gâcher aucun moment de plaisir, tant il avait l’impression que la vulve d’Adèle s’agrippait à sa verge à mesure qu’il s’enfoncait en elle progressivement, à la fois éviter d’être brusque mais y mêler assez d’intensité pour la remplir, ces picotements qu’il ressentit lui parcourir toute la colonne vertébrale jusqu’à lui gratter la tête, le tourbillon qu’il ressentit dans ses testicules comme une explosion de chaleur, ses larmes mêlées de sueur qui coulaient et les yeux verts gris d’Adèle qui pénétraient les siens comme pour lui communiquer une sorte de message subliminal, les spasmes saccadés qu’elle eut alors, lorsque sans rien y comprendre elle se mit à jouir, secouée par intermittences par la force du plaisir, tout en l’embrassant à lui arracher les lèvres, et lui qui explosa en elle au même moment, une main sous sa nuque l’autre sur sa chute de reins, cette sensation réelle qu’ils étaient tous les deux en lévitation, les larmes et les sanglots qui sortirent de lui, sans qu’il ne sache jusque là pourquoi ni comment…

Tout cela lui revint à l’esprit et il appuya de plus belle sur l’accélérateur.

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Que c’est triste Nice au temps des amours mortes, que c’est triste Nice quand on ne s’aime plus, on cherche encore les mots mais l’ennui les emporte, on voudrait bien pleurer mais on ne le peut plus…

 

A suivre…

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