Sur les pas d’Adèle (4)

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Le hall de l’hôtel Crillard de Monaco était froid. A la climatisation s’ajoutait l’ambiance glaciale entretenue par le pianiste et ces notes froides et sans âme, qu’il jouait, perdu dans les gestes cadencés de ses doigts frétillants sur le clavier du vieux piano du hall. L’amertume de John n’arrangeait certainement pas les choses. Depuis le départ d’Adèle tout était gris et pâle à ses yeux, sa vie avait perdu les couleurs récentes qu’elle semblait avoir apportées. La tête et le sourire empruntés de la réceptionniste ne le mit pas tant de bonne humeur; il lui arracha ses clés des mains et courut presque pour prendre  l’ascenseur, précédé d’un groom tout aussi empressé qui tirait pourtant d’une façon excessivement délicate son trolley, espérant  un gracieux pourboire.

La suite ajustée au millimètre près, finit d’achever John! Tout ça était si impersonnel et manquait tellement de chaleur qu’il se dit que c’était l’exact portrait de sa vie: une apparence irréprochable et un vide de présence et d’affection. Trop neutre et parfait. Il a été séduit par les couleurs d’Adèle mais il a fallu qu’elle parte pour qu’il se rende compte qu’il s’est toujours refusé pourtant à la laisser exister dans sa vie, construisant pour elle un rôle qui sécurisait ses apparences à lui et ne laissait aucune place à la nature festive de celle-ci.

Le billet de 50$ remis au groom qu’il poussa dehors, il s’affala dans le sofa et se mit à réfléchir.

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Florence Forestier la meilleure amie d’Adèle lui avait parlé de Monaco et d’un club branché appelé le Shakin’s. Adèle serait partie rejoindre le nouveau gérant, un grec d’origine dont les parents sont arrivés à Nice au même moment que ceux d’Adèle avant de partir s’installer à Monaco. C’est tout ce qu’il savait. Ce soir il ira au Shakin’s parler avec le gérant et négocier avec lui. Il se doutait bien qu’il avait une histoire avec Adèle, mais il se promit de tout faire pour le convaincre de la laisser repartir avec lui. Comment allait il se prendre il n’en savait rien. Il se dit prêt jusqu’à le dédommager, tout homme a un prix et lui de l’argent il en avait. On verra bien ce soir se dit-il en fermant les yeux pour essayer de se reposer.

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Florence essayait depuis l’après-midi de joindre Adèle sans succès, son amie n’était pas une addict du téléphone mais elle devait absolument la joindre pour l’avertir que John était parti à sa recherche. Elle avait pourtant promis de ne rien dire à personne mais elle a fini par céder aux demandes incessantes de John qui avait fini par dire qu’il irait à la police. C’est là qu’elle s’est inquiétée, Lawrence Germanopoulos, le « cousin » qu’ Adèle est allée rejoindre n’est pas seulement beau et séduisant, il trempait dans pas mal de trafics illégaux et se servait du Shakin’s comme couverture, si la Police regardait de tout près, ça allait mal se passer sans doute pour Adèle et il n’en était pas question. Elle mentit à John qu’elle était allée rejoindre un cousin de sa famille mais Florence…. elle mentait très mal. John avait compris, son regard se remplit d’une telle fureur de jalousie qu’il lui a semblé que ses yeux avaient viré au noir pur. Elle avait décidé après réflexions d’avertir Adèle, et celle-ci étant on ne sait où ne décrochait pas son téléphone. les battements de coeur de Florence étaient montés à 80 par minute. Elle laissait des messages à chaque fois demandant à son amie de la rappeler. En vain.

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Allongée dans la baignoire de l’appartement au décor sordide où vivait Lawrence, Adèle se posait quelques questions, un peu existentielles vu la situation dans laquelle elle s’était retrouvée. Elle avait choisi de partir, quitter une vie de princesse parce qu’elle ne se retrouvait pas, pourtant ici elle ne se retrouvait pas non plus. Cette odeur de tabac mêlée de chicha et mélangée aux parfums insistants de bières et de whiskies, ce désordre entretenu par Lawrence et ses amis qui squattaient constamment l’appartement depuis les trois jours qu’elle est arrivée, pire ces regards concupiscents que lui portaient les amis de Lawrence et les discussions à voix basse qu’il y avait dès qu’elle entrait dans une pièce où ils étaient… tout ça n’était pas non plus son univers. Mais c’était excitant de diversité par rapport au conte de fée hypocrite de la famille Vitus.

Elle et Lawrence s’écrivaient souvent et il n’arrêtait pas de la faire rire  et insister pour qu’elle passe le voir à Monaco disant que bientôt il serait l’homme le plus important de Monaco après le Prince Albert et ça la faisait rire. C’était son tout premier. Il avait toujours eu cet enthousiasme débordant et ces manières de gentleman voyou qu’on dirait sorti tout droit d’un film de Scorsese. Gentleman il pouvait l’être, avec des manières maladroites mais qui semblaient pourtant les plus sincères, voyou il l’était, toujours prêt à se battre, machant constamment un chewing-gum tel un cowboy, habillé constamment de noir avec ses tatouages de dragons et signes chinois sur les avant-bras. Aujourd’hui, il met des vestes sur son jean noir, il conduit une Mercedes, mais son sang était toujours aussi chaud.

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Quand il l’a récupérée à l’arrêt du bus, il avait un bouquet de fleurs pour elle, ce qui la fit sourire, mais il avait vu que derrière ses lunettes noires elle avait pleuré, il lui demanda aussitôt ce qui n’allait pas. Lawrence tout craché, doté d’une sensibilité rare et prêt à la réconforter et à la défendre, après tout elle était comme sa soeur.

  • Quest-ce que tu veux manger lui demanda – t- il dès qu’elle s’installa dans la Mercedes?
  • Rien je n’ai pas faim je ne veux surtout voir personne rétorqua-t-elle.
  • tu dois manger et ce n’est pas négociable..

Il commanda pour elle et précisa qu’il voulait emporter les plats. Lorsqu’il récupéra les plats et revint avec une nappe, une bouteille de vin et un sac avec des couverts qu’il installa sur la banquette arrière, il prit la direction de la sortie de la ville.

  • tu m’emmenes où demanda Adèle
  • pique niquer répondit-il avec un rire
  • Tu ne changeras jamais Lawrence dit-elle en lui retournant son rire…

Elle se remémorait tout ca, installée dans l’eau tiède et moussante de la baignoire et se mit à comparer ces deux vies: Princesse fade avec John ou Bonnie and Clyde avec Lawrence? choix difficile, chacune de ces deux vies avait son charme et ses faiblesses. Elle devait choisir. Mais pour l’instant elle devait se préparer pour se rendre au Shakin’s avec Lawrence. Ce soir Adèle boit et danse se dit-elle en sortant du bain.

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Moi, je vis d’amour et de danse
Je vis comme si j’étais en vacances
Je vis comme si j’étais éternelle
Comme si les nouvelles étaient sans problèmes

 

A suivre.

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