Le syndrome du rétroviseur

C’est à 2h02 ce matin que, fatigué d’espérer le sommeil je me suis rendu compte une fois de plus que j’étais devenu vieux. Ces cheveux qui s’échappent de ma tonsure et d’autres qui se drapent de blanc ne sont pas tant la preuve du temps écoulé que les souvenirs qui me hantent à chaque instant faisant sortir de mes yeux ces gouttes d’eau légèrement salées qui marquent mes émotions.

Eh oui je pleure parfois. Même souvent. Comme tout le monde d’ailleurs; malgré les postures heureuses que nous exposons sous le diktat des réseaux sociaux.  Ces derniers, nouveaux maîtres pour les esclaves que nous sommes, nous enjoignent chaque jour de donner l’impression que tout va bien et que tout est bien. C’est cela le virtuel : la vie hors du réel. Cette vie qui prend le pas sur nos vraies conditions d’existence, nous ayant transformés en simulateurs invétérés de situations plus fausses les unes que les autres, à la poursuite d’instants de consommation érigés à la gloire du capitalisme. Dépenser, ne plus penser, jouir jusqu’à la lie, se confronter aux autres plutôt que de les conforter, être plus prompt à « liker » une publication d’un « ami » plutôt que de s’enquérir vraiment de son bien-être.

Quelle époque!

C’est à 2h02 du matin que dans ma tête a sonné l’hallali de cette vie médiocre qui me pousse sans cesse à fouiller dans mes souvenirs pour retrouver les sensations parfaites de joies sincères et de plaisirs réels. Crise de la quarantaine ou maladie de la solitude, tout compte fait, à force d’égrener les années jusqu’à bientôt quarante, je me suis rendu compte cette nuit que je n’ai fait que m’éloigner de ma vie pour ne la contempler que dans le rétroviseur à m’enfuir constamment loin de je ne sais quoi ou de je ne sais qui. Si je sais. Je m’éloigne de moi-même et de mon existence à ne jamais cesser de les idéaliser et de souffrir de l’inconfort du constat que cela n’a rien à voir avec ce que je pense.

Lorsque de plus en plus dans ma tête je me sens porté vers des choses pures à mon sens, je vois des gens se satisfaire autour de moi d’impuretés et de méfaits. De ces gens qui se complaisent si facilement de la corruption en tous points, celles et ceux qui se mettent ensemble sans amour ou du moins pour celui du gain, ces autres qui ont des activités louches mais qui pourtant sont adulés, ces autres aussi qui sont applaudis pour n’avoir rien fait de louable pourtant, ces gens qui existent sans contenus, ces apostats de la vertu qui sont prophètes malsains de la religion du consumérisme… Et moi hélas qui ne comprend plus rien à tout ça et qui se demande sans cesse pourquoi est-ce si difficile de se joindre simplement à cette danse groupée.

L’hypocrisie est la nouvelle façon d’exister. Dénoncer dans des postures en profitant des fruits de ce qu’on dénonce dans des couloirs sombres; chasser les sorcières qui disent ce qui doit être dit et couronner les démons qui font ce qui ne doit pas être fait; parler de la paille dans l’œil de l’autre tout en s’accommodant de la poutre dans le sien; faire l’accolade en se poignardant dans le dos; sourire l’un à l’autre en se maudissant réciproquement.

Mais quelle époque!

Adieu beaux souvenirs où la sincérité de l’amitié égalait la solidarité qui nous rendait solides les uns avec les autres. C’est dans le rétroviseur de ce véhicule qui m’éloigne de plus en plus de cette vie que je contemple à regret cette naïveté d’antan qui nous faisait aller vers l’autre parce que nous n’avions rien à craindre. Aujourd’hui la ruée vers les notifications a créé ce far West où tout le monde se tire dessus : indiens et cowboys, truands et sheriffs, chercheurs d’or et ouvriers de chemins de fer, propriétaires de ranchs comme aventuriers.

À quoi pensent-ils alors ces gens qui meurent aujourd’hui? Sont-ils enfin soulagés de quitter ce monde ou partent-ils déçus de ne plus faire partie de la bacchanale hypocrite en cours? Sont-ils libérés de ces chaînes de la chair ou regrettent-ils l’orgie sans fin où se mêlent tant de corps déjà sans âmes? C’est à la mort, la mienne, que je le saurai. Ne suis-je d’ailleurs pas déjà mort pour cette vie en cours?. En attendant je sais que personne ne lira ce texte, puisqu’ils sont si occupés à jouer au théâtre de la vie irréelle.

Je redresse mon rétroviseur et je regrette d’avoir grandi, d’être devenu ce vieil homme dont même le sommeil ne veut plus.

Bye les Sims.

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