Sur les pas d’Adèle (15)

Les apparences sont ce qu’elles sont de superficiel. Ces démonstrations vraies ou fausses que l’on voit de l’extérieur sont souvent trompeuses. Se fier aux gestes et comportements extérieurs des gens peuvent vous mener à la perte. Tout d’abord parce que les gens changent sans prévenir; mais également parce que les gens peuvent dire et montrer autre chose que ce qu’ils sont à l’intérieur. L’hypocrisie. Si vous ajoutez les événements successifs qui peuvent influencer les choses, vous obtenez un savant mélange qu’on appelle l’humanité. Les sociétés humaines ont considéré l’instinct des animaux comme en retard de l’évolution. Elles lui ont préféré la fourberie des hommes, leurs accolades les poignards dans le dos, et la ventriloquie de leurs grands sourires qu’accompagnent souvent des murmures d’insultes. Ne jamais se fier à rien ni à personne, mais toujours se fier à son instinct.

Mais qu’est-ce que l’instinct? Une impulsion naturelle qui vient de nos sens, un message intime que l’on reçoit sur une situation ou sur une personne. Lorsque ce message est fort on parle d’intuition qui dès lors devient un guide qu’il faut écouter; au lieu de se fier aux apparences.

Francis Gallet avait une forte intuition. Dans son métier c’était un talent qu’on n’acquiert pas en formation mais que l’on développe à force de l’écouter. Il avait en plus développé un vrai sens de l’observation. Il disait même qu’observer n’était plus le bon verbe pour décrire ce qu’il faisait mais « lire ». Il lisait les paysages, les situations, les gens, les signes, autant qu’il lisait les livres qui s’agglutinent dans sa petite bibliothèque et partout dans son appartement. Les avantages du célibat. En tirant une fois encore sur sa pipe à côté du jeune policier qui venait de lui décrire la scène et qui a conclu, un brin espiègle « il les a baisées à mort », l’ex détective et désormais journaliste Gallet, imprimait les menus détails dans sa tête pour commencer à composer son puzzle qui le mènerait à comprendre ce fait divers.

Son esprit était encore dans le nuage de fumée de son tabac lorsque ses yeux aperçurent de loin, dans la rue perpendiculaire à celle où il se trouvait, des traces de pneus qui marquaient bien un démarrage brusque. Il ne bougea pas. Il attendra que le jeune policier aux commentaires grivois retourne dans la villa du crime. Ce qui ne tarda pas à arriver. Doucement il avança vers les traces de pneus pour lire de près les indices qui pouvaient s’y trouver. Les traces étaient assez récentes, arrachant le peu de gazon qui bordait le goudron. Il scruta les alentours à la recherche de caméras de surveillance. Dans ces quartiers chics, on se protège toujours mieux en observant le voisinage. C’est alors que son regard aperçût un bout de cigare dans la trajectoire des pneus. Il s’approcha, sortit son mouchoir et prit le morceau de cigare cubain qui gisait là, à peine éteint.

John Vitus, n’avait pas les apparences d’un tueur. Mais le flou de ses aveux, Tous ces éléments dont il ne se rappelait plus et la scène qu’il venait de décrire à son avocate pointaient vers lui et le désignaient comme coupable. Sous l’effet de l’alcool ou d’autres substances, il aurait pu faire une bêtise et ne s’en rendre compte que lorsque les effets se seraient estompés. S’il a laissé sur place des préservatifs avec plus que son ADN, sans compter certainement ses empreintes, il y a peu de chances que son nom ne soit pas cité dans les prochaines heures. Il faut anticiper tout de suite conclut Inès. Avocate d’affaires certes, mais elle connaît bien le système judiciaire.

  • John, dit-elle. Je suis convaincu que vous n’avez pas tué ces filles et au pire, cela n’a pas été de votre plein gré. Mais mon instinct me dit que c’est un piège. Mais je ne peux vous dire qui, ni comment mais je fais confiance à mon flair et il va falloir enquêter sérieusement. Voici mon plan. Je vais contacter Lydie Hogarth, une amie connue à la fac de droit qui est une excellente criminaliste et nous allons vous conduire à la police et faire une entente de non divulgation temporaire, le temps de chercher de nouveaux éléments qui pourraient vous innocenter. Faites-moi confiance.

John resta pensif; un instant, souffla et murmura un « ok » du bout des lèvres. Il n’avait pas le choix et de toutes les façons, il faisait confiance à son avocate. Il pensa à Adèle, à sa famille, et encore à Adèle. Il se sentait plus coupable d’avoir mal agi vis-à-vis d’elle, puis vis-à-vis de sa famille, qu’il ne se sentait coupable d’avoir tué ces filles. Les apparences ne sont pas toujours ce que l’on croit. Que va croire Adèle quand elle apprendra le foutoir dans lequel il se trouve. Accusé de double homicide, aucun doute qu’il la perdra pour toujours. Une larme s’échappa de son œil droit, puis du gauche. Il recolla sa tête contre la vitre de la voiture. Sa respiration s’accéléra. L’angoisse.


Florence venait d’arriver à Monaco. La cité princière dont on parle dans les romans et les magazines people n’était pas plus qu’une ville ordinaire d’Europe, avec ses immeubles, ses routes, ses longues files de voitures et ces gens pressés. Monaco n’avait pas les apparences des villes dans les films Disney. Pas de châteaux aux dômes colorés, ni de chevaliers qui circulent dans les rues, encore moins de gentes dames qui passent dans leurs robes de bal. Il y avait du soleil et les tenues étaient plutôt courtes et colorées, les sandales et les chaussures de marche comme partout ailleurs où la mer côtoie une certaine aisance de vie.

Cela de toutes les façons n’empêche pas les gens de vivre des drames ordinaires comme des chagrins d’amour, des déceptions, des désespoirs. Les apparences de Monaco ne sauraient cacher les vérités de la vie, ni celles des rapports humains.

Florence était venue pour sauver l’amour entre Adèle et son prince, à Monaco.

À suivre.

2 réflexions sur “Sur les pas d’Adèle (15)

  1. camilletg dit :

    Je savoure tranquillement chaque ligne de chaque sortie et te remercie pour ton excellent travail😉🥃🤫

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