Sur les pas d’Adèle (18)

Lydie Hogarth et Inès Deauville s’étaient connues à une fête de l’université, comme ces soirs du début de l’été où, juste avant de partir en vacances les étudiants organisent des kermesses avec des soirées dans les résidences avec plus d’alcool que de sujets d’études. Ils se donnaient pour mission dans ces soirées mémorables, de sortir de leur quotidien trop structuré par les professeurs et les examens. Tout était permis. Ou presque. Il n’y avait ni première année ni troisième année: que des jeunes hommes et femmes qui se laissaient emporter par les vagues de bière sous les tempêtes de vodka et de tequila.

Ce soir-là, Inès était seule. Son cousin qui l’a emmenée de force à cette soirée lui reprochant d’être trop coincée, avait trouvé compagnie plus intéressante en une fille qui avait plus de peau sur elle que de vêtement. Les bouts de ses tétons agressaient visiblement le morceau de tissu qui lui couvrait la poitrine. Son cousin avait ainsi trouvé meilleure mission à remplir en allant tenter de secourir le pauvre tissu des tétons de la demoiselle, que de tenir compagnie à Inès avec ses lunettes de bibliothécaire et sa robe de campagne fleurie.  Lydie elle, était venue avec son amie Francine Robert qui l’avait très vite abandonnée après qu’Edouardo l’un des organisateurs de la fête lui avait souri et cligné de l’œil. Il n’en fallait pas plus pour Francine. Émoussée par le sourire d’Édouard elle lui fit signe de la main et celui-ci vint la chercher; et ils ne se sont plus quittés de la soirée. Les émotions de Lydie ce sera pour plus tard. De toutes les façons elle se plaignait de tout, s’inquiétait pour tout. Une moralisatrice qui faisait certainement le droit pour devenir juge et punir les gens. Francine était partie. La sentence sera pour après; après Edouardo. C’est ainsi que les deux amies se sont connues dans la solitude d’une fête, abandonnées par leurs proches, ayant trouvé refuge dans une forte amitié pour le jus d’orange au côté duquel elles se sont saluées. Depuis elles ne se sont plus quittées. Inès à la défense de tous, Lydie accusatrice en chef, elles faisaient la paire. En grandissant et finissant leurs études, elles ont gardé contact et étaient restées proches, se soutenant l’une et l’autre dans les parcours de la vie.

Une fois encore elles allaient se rencontrer autour d’une question à régler. Cette question avait un nom : John-Arthur Vitus.


L’expérience vous donne du coffre et du recul. Maître Hogarth en avait entendu de différentes sortes d’horreur dans sa carrière. Elle est restée stoïque pendant le récit de John tandis que sa copine Inès frémissait devant la précision de la scène que John décrivait :

« Il y avait du sang sur les draps immaculés comme dans un décor digne de l’enfer, les filles mortes la gorge ouverte comme une trousse d’écolier, et on pouvait distinguer des morceaux d’œsophage qui bavaient du sang et un liquide jaunâtre; elles avaient les mains liées dans le dos, les pieds écartés, l’une gisant au sol dans une flaque de globules caillés, la tête sur un oreiller, l’autre dans le lit, son côté de drap trempé de sang… Je me suis réveillé le couteau à la main comme si je surgissais d’un coma pour pénétrer l’enfer. J’étais nu, un bout de préservatif pendouillant, je ne me souvenais de rien. Quand mes yeux se sont ouverts finalement sur ce décor de sang et de cadavres, j’ai pris peur et je me suis enfui après avoir tenté de laver mon corps de toutes les traces de ce drame. Je suis avec vous mais mon esprit est là-bas.

J’essaie toujours de comprendre.« 

  • Avez-vous bu hier? Demanda Maître Hogarth à la fin du récit de John.
  • Oui un peu. Je suis venu retrouver ma fiancée au Shakin’s où son cousin est gérant. Elle s’est enfuie dans un taxi et quand je suis revenu, j’ai bu un ou deux verres et depuis c’est le blackout. Plus aucun détail ne me revient. Je ne sais même pas comment je me suis retrouvé dans cette villa.
  • Ok je vois. Un instant je parle avec Maître Deauville.

Prenant le bras d’Inès, Lydie l’emmena à côté en essayant de la réconforter. Elle ne connaissait pas pire scène d’horreur que les drames des divorces des chefs d’entreprises et l’incontournable partage des biens et des actifs. Tout ceci la dépassait. Lydie comprenait son émotion.

  • Qu’allons-nous faire Lydie, dis-moi qu’il y a une solution! Avança-t-elle aussitôt qu’elles furent un peu à l’écart de John
  • Je crois qu’il est innocent. Mais il faut arriver à le prouver. Si je me trompe alors c’est un tordu de première et ça ne manque pas dans son milieu.
  • Je crois aussi qu’il est innocent! Mais comment le protéger et protéger sa famille du scandale?
  • Allons à la Police et faisons lui faire une analyse toxicologique! Nous ferons une entente avec le commissaire le temps des résultats. Il sera placé en garde à vue le temps de faire ces démarches. Ensuite j’appelle le procureur pour demander un moratoire afin que les enquêteurs trouvent le vrai coupable. S’il existe!
  • Bonne idée. Je lui en parle. Merci Lydie, je savais que je pouvais compter sur toi.

Ils venaient d’arriver au Commissariat et les inspecteurs de police avaient conduit Lawrence dans une salle d’interrogatoire. Comme dans les films se dit-il. Il a imaginé tous les scénarios possibles avec des suppositions, des plus banales aux plus délirantes. Mais éternel optimiste, il se dit que ce n’est certainement rien de si grave que ça. Il se trompait. Il était à peine assis face à l’inspecteur Kitoglou lorsque son collègue arriva et posa devant lui une pile de photos :

  • Reconnaissez-vous cet endroit et ces filles? Demanda sèchement l’inspecteur Aristide Alcagar.

Lawrence ne put cacher sa stupeur, et il ne retint pas longtemps ses cris!

  • Mais qui a fait ça? Comment est-ce possible? Sacrebleu!! Elles étaient avec John hier! Où est-il?
  • Calmez-vous! reprit l’inspecteur Alcagar! De quel John parlez-vous?

Lawrence, prit une pause et souffla. Il se mit à réfléchir rapidement! Doit-il dénoncer John? Comment ne serait-il pas mêlé lui-même après à tout ça? Il a bien mis du GHB dans son verre et il les a conduits à la villa? Et Adèle? Comment tout cela va être traité par la Police? Peut-il faire confiance à Tony? Mais comment a-t-il pu assassiner ces filles? Est-il si dangereux? Tout se bousculait dans sa tête!

  • De quel John parlez-vous? reprit l’inspecteur d’un ton plus insistant.

Un policier ouvrit la porte:

  • Inspecteurs, le commissaire vous appelle d’urgence dans son bureau pour une importante réunion concernant l’affaire de la villa. Il a dit tout de suite!
  • Reste avec Monsieur Germanopoulos, on revient! Lui lança l’inspecteur Clément Kitoglou en se levant, Aristide sur ses talons.

A suivre.

2 réflexions sur “Sur les pas d’Adèle (18)

  1. camilletg dit :

    Le suspense continue, graduellement, comme ces crimes mystérieux à élucider… mais l’enquête n‘est qu’à son début, alors allons tranquillement vers le climax…🤔😎🥃😎🥳

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