Demain sera pire

Chaque génération connaît sa période de crise. Cette crise peut devenir plus tard si on veut, un événement fondateur qui détermine les orientations pour les générations à venir. Économiques, politiques, sociales ou sanitaires, les crises, organisées ou non, résultent  de différents actes, de différentes décisions et également d’imprévus. Les sociétés humaines aiment à se heurter à quelques dates de leur parcours pour se structurer, s’ajuster et se reprendre au besoin. L’homme est un composé de ses expériences successives. Ce que nous sommes aujourd’hui est la somme de tout ce que nous avons été dans le passé. La corde de la vie se tisse chaque jour, au bout de l’ancienne, comme le dit le proverbe. À donc regarder ce qui se passe aujourd’hui, cette inflexion à l’outrage public, la systématisation du déballage sur les réseaux sociaux pour y régler les conflits entre personnes ou groupes, et l’intoxication sociale que tout cela génère, il faut avouer que demain sera pire. Ce que nous faisons aujourd’hui nous détermine pour demain. Personne n’y échappera.

J’accuse

La responsabilité de ces situations délétères que nous observons, je l’impute à nos prédécesseurs qui ont mis en place les conditions favorables d’où ont essaimé, chaque acte délictueux et chaque propos illicite qui font le contenu de ces scènes publiques récurrentes qu’on dirait honteuses tout en se rendant coupable par la même occasion, d’un euphémisme abusif. Et si l’on regarde l’âge de certains des acteurs en jeu, la responsabilité nous  incombe à nous aussi, pour n’avoir pas corrigé le tir lorsqu’il le fallait. Nous voici en train de nous plaindre, feignant l’étonnement et fermant les yeux sur nos propres implications. Toutefois, c’est à l’élite qui gouverne que revient la responsabilité de construire les prochaines générations. Mais combien sont-ils à ne construire que leurs quotidiens, repoussant sans cesse le devoir d’établir les fondements des sociétés de demain? Pour avoir préféré la médiocrité au talent, avoir détruit ceux qui pouvaient montrer l’exemple par crainte de les laisser lever le voile sur leurs incuries, ils n’ont érigé que des corrompus, ils n’ont confié les rênes qu’à ceux qui comme eux, pensent peu à montrer les bons exemples. La quête permanente et effrénée de l’argent, l’utilisation de tout et de n’importe quoi pour créer le gain, cette facilité à la gloire imméritée que permettent les réseaux sociaux, dans ce monde endormi dans la distraction par ceux qui veulent le pouvoir pour eux seuls et non pour aider le monde à aller mieux.

Du « star system » à la téléréalité, en passant par le showbiz pour en arriver aujourd’hui à ces extensions de nos vies que sont les réseaux sociaux où se font et se défont les crédibilités des gens, ces espaces où naissent des personnages sulfureux perdus entre le virtuel et le réel, qui se mêlent de tout et de rien, qui s’emmêlent les pinceaux avec art, égarés entre torchons et serviettes etc; fort de tout cela j’accuse les milieux économiques d’avoir favorisé de mauvais fonctionnements dans nos sociétés, où pour de l’argent tout est possible, tout est faisable et tout est permis. J’accuse les milieux politiques de n’avoir pas mis une certaine morale et une certaine éthique dans la gestion de ces fonctionnements. L’éducation publique dès le départ était en panne pour avoir privilégié la création d’ouvriers pour le travail, au lieu de l’érection d’êtres humains sociables pour la préservation de la vie. Elle est coupable de ce qui nous arrive, et le rôle du « politique » de coordonner tout cela n’a pas été rempli. Que les acteurs politiques soient impliqués de plus en plus dans ces bêtises n’est que juste retour des choses; eux qui au lieu de réglementer les réseaux sociaux, en usent et en abusent pour continuer de quêter les votes pour le pouvoir, laissant se noyer dans ces boues publiques, les jeunes générations qui ne se forgent qu’à ces stupidités.

Demain sera pire

Nous ne devrons donc pas être surpris lorsque demain, nos frères et nos sœurs, pire nos enfants n’auront pas les repères de la Morale et de la Sagesse, puisque ces dernières sont enterrées sous la tonne de détritus de pensées courtes et d’actes loufoques qui font le cinéma sur la toile. Au départ internet devait servir l’information en la libérant du joug et de la censure des médias traditionnels. La technologie avançant, internet a créé des plateformes de rencontre et de partage entre des gens que rassemblent certaines affinités, que cela soit des écoles communes ou des entreprises où ils ont collaboré, qu’ils soient membres des mêmes communautés ou qu’ils aient des intérêts communs… les bien nommés « réseaux sociaux », sont nés de la simple nécessité de rassembler davantage les gens. Nous en avons fait des arènes pour des pugilats verbaux, des porte-voix de vociférations creuses et des scènes de règlements de compte, lorsqu’ils ne sont pas l’amphithéâtre de la sexualisation à outrance des femmes à la liberté féministe exagérée. Ce faisant on éteint  le dessein réel pour lequel ils ont été créés. Comment rattraper ce train lancé à toute vitesse vers le mur? La tâche est immense, elle nous échappe déjà parce que nous sommes trop peu à vouloir redresser la situation. C’est en observateurs désabusés, impuissants et plaintifs que nous regardons cela aller à la dérive, la larme à l’œil.

Tout porte à croire que la Morale a été sacrifiée sur l’autel de la concupiscence, lorsque les gens s’écharpent publiquement, se sexualisent  et se mettent à nu dehors pour augmenter les nombres de vues et le nombre d’abonnés, à la recherche de la gloire et des subsides que paient les entreprises technologiques en échange des milliards de dollars qu’elles génèrent avec leurs algorithmes. C’est un jeu : le Game; un jeu où il n’y a que des perdants.

On peut encore sauver nos enfants. On peut encore remplir ce vide ambiant d’intelligence que l’on observe par du contenu utile. Mais qu’est-ce que l’intelligence quand seules la bêtise et la malice sont célébrées?

Réveillons-nous!

3 réflexions sur “Demain sera pire

  1. Victoria dit :

    Demain peut être meilleur.
    Nous avons juste à prendre conscience de la sidération psychologique dans laquelle se trouve notre génération et s’en sortir pour bâtir une génération future qui sera capable et prête à se battre pour la liberté de nous êtres- humains.
    Notre génération est toute noyée dans le confort et le bien-être alors fuit toute responsabilité qui vient avec la liberté: nous ne dénonçons plus, plus de révolte contre les systemes en place.
    Oui demain peut être meilleur si nous nous réveillons.

    • LovejoyceAmavi dit :

      Exactement! il faut se réveiller. Deux essais de Stephane Hessel Indignez-vous (2010) et Engagez-vous (2011) n’ont pas créé cet élan nécessaire au renversement de situation. Des gens écrivent chaque jour, dénoncent chaque jour (personnellement je ne fais que ça) mais chaque jour il faut se rendre à l’évidence que la distraction permanente, l’appât du gain facile, l’absence patente d’exemplarité de nos élites et le confort coupable dans lesquels baigne cette génération, noient toutes les voix dissonantes qui appellent au réveil.

  2. camilletg dit :

    Tu as raison d’accuser, de dénoncer et même de prédire le pire pour demain. Mais comme tu le sais sans doute, et comme le dit bien sagement Plutarque, les choses humaines sont pleines vicissitudes et de contrariétés… Notre génération va sûrement à vau-l’eau…. ou pas…🥳

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