Il n’y a pas que les grands hommes qui font l’histoire

Guinea’s President Alpha Conde REUTERS/Benoit Tessier

Un grand homme est un homme exceptionnel qui marque son temps par son œuvre et se démarque ainsi de toutes ces naissances qui n’ont accouché de personne, sinon de quelques êtres qui ont erré sur la terre dans l’inexistence la plus absolue. À quoi sert-il de s’incarner sans refléter une puissance de vie qui impacte les autres? À l’inverse, quelques rares personnes vont écrire l’histoire par leurs actes et leurs paroles; parfois par leur avènement à des postes de responsabilité au sommet de la société. Ces derniers pourtant ne sont pas toujours « grands ». Certains ont la « petitesse » de s’oublier en sombrant dans l’orgueil et l’illusion de grandeur, pour finir misérables et triviaux. D’autres, pauvres pions sans aucun substrat d’autonomie, se sentent grands dans l’exécution des basses besognes de puissants qui n’ont pas le courage d’assumer eux-mêmes leur vilenie. Deux catégories de « petits » hommes qui font l’histoire.

C’est bien de la situation en Guinée dont je parle. Entre un chef d’état, Alpha Condé, figure historique d’une opposition vertueuse qui s’est muée en pouvoir autoritaire lorsque, parvenu aux affaires, l’individu devint un potentat vieilli, aux méthodes et propos défraîchis; et l’autre, un bouillant condé au service de la France, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, caporal-chef de la Légion étrangère française, devenu par je ne sais quelle alchimie, patron du Groupement des forces spéciales de la Guinée, nommé par Alpha Condé lui-même. Il faut croire que certaines décisions finissent par se retourner contre ceux qui les prennent, à leur grand dam; et c’est bien ce qu’on peut lire sur le visage du président déchu.

Aucune république qui se respecte ne peut encourager, ni se réjouir d’un coup d’état militaire. C’est l’inverse de ce que prévoient la démocratie et la politique modernes. Les gouvernements militaires sont incompatibles avec l’état de droit, l’expérience a suffisamment démontré que l’exercice est périlleux pour les libertés individuelles. Pourtant, à une certaine époque et encore aujourd’hui d’ailleurs, l’irruption de l’armée permettait dans certaines situations, de corriger le tir et de redresser le fonctionnement déviant de certains responsables politiques qui se prennent pour Dieu et César. Le Ghana de Jerry John Rawlings en est la preuve. Pourtant c’est souvent pour de funestes raisons et des ambitions nocives, que certaines bottes en viennent à piétiner l’ordre républicain. Dans les plus ou moins 200 coups d’états que l’Afrique a connus depuis 1950, le treillis a entaché durablement l’ordre politique généralement confié aux civils dans la perspective que personne ne disposant de la force létale n’en vienne à instaurer la loi du plus fort dans la cité. Mais à force de compter tous ces hommes politiques civils, qui baignent sans vergogne dans l’illégitimité couplée parfois avec l’illégalité, on en vient à légitimer et à idéaliser les coups d’état militaires.

On octroie la vertu aux individus sombres dont on ignore les desseins réels et leurs commanditaires tapis dans l’ombre; on s’égosille à louer l’efficacité d’un coup de force au détriment de l’action politique et de la révolution saine des peuples; on espère dans d’autres pays aux situations similaires qu’un coup d’état vienne briser la défense de régimes totalitaires durablement installés.

C’est la fin de la science politique si elle doit s’exercer par les armes, les suspensions des constitutions, l’instauration de couvre-feux, la mise en place de conseils militaires pour présider aux destinées de la population et la gestion de la chose publique. Je ne déments à aucun militaire la capacité de gouverner convenablement, Rawlings m’en voudrait; je dis juste que le coup d’état ne doit pas être la règle, que la multiplication de ces coups d’états ne fait que freiner le processus de développement de nos sociétés : à toujours tout renverser pour tout reprendre de zéro.

Mais c’est la cupidité et l’avidité de nos dirigeants qui justifient cela. Je ne dirai pas que ce sont les mêmes qui encouragent la corruption des uns, qui sont également aux manettes des coups d’état des autres, je vous laisse observer par vous-mêmes. Je dis juste que nous laissons toujours tout nous échapper, de la gestion du pouvoir à l’interruption de celle-ci lorsque la gabegie s’installe.

L’Afrique est malade d’elle-même! Malade de ses hommes politiques, de ses hommes en treillis, malade de ses hommes intellectuels et acteurs de la société qui se corrompent au lieu de rompre avec un mécanisme malsain qui maintient définitivement, nos terres, nos ressources et nos enfants au service des nations impérialistes insatiables. Un sursaut : un vrai. C’est la seule chose que nous devons accomplir.


Voilà pour le retour sur ce blog. il le fallait.

Une réflexion sur “Il n’y a pas que les grands hommes qui font l’histoire

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