Le Mythe d’Attali

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Les observateurs réguliers de la scène politique togolaise, ne sont sans doute pas passés à côté de l’évocation, du nom de « Jacques Attali », dans les contextes de préparations des prochaines échéances électorales de 2015, celles importantes, qui comptent pour le choix du prochain Président de la République Togolaise. D’entrée de jeu, je tiens à remercier, ceux qui se sont laissés séduire par cette évocation, de ce que cela a suscité ma saine curiosité et m’a emmené au billet de ce  jour.

Vous le savez, l’habitude porte en elle le germe de l’ennui ; et ainsi, la scène politique Togolaise ne nous a pas autant surpris, depuis quelques années, en dehors bien-sûr, des épisodes juridiques récents, lesquels, grâce à des calculs très courts, sont transposés systématiquement sur la scène Politique. Pour vous rafraîchir la mémoire, Kpatcha GNASSINGBE aurait été emprisonné afin d’être écarté du pouvoir, Pascal BODJONA parce qu’on craint qu’il devienne président en 2015, et Jonathan FIAWOO hissé désormais en parangon du système du « toujours coupable » Faure GNASSINGBE.

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Si je ne fustigerai pas ici, l’étroitesse des analyses qui frise l’oblitération de la jugeote chez leurs auteurs, je me bornerai à dire que la manipulation de l’opinion, si elle n’est pas punie comme elle se doit, afin d’éviter la censure et l’atteinte à la liberté d’expression, elle nous retarde tous, aussi bien ceux qui la font que ceux qui en subissent les effets.

Depuis Avril 2014 donc, la politique togolaise entend une musique nouvelle, incarnée par Alberto Olympio et son « Parti des Togolais » (PT). Je passe sous silence la propension récurrente des « Olympio » à devenir Président du Togo, laquelle propension, passe désormais pour une lutte dynastique qui ne solde pourtant pas le malaise des Togolais, dont le seul vrai souci est de sortir de la pauvreté.

Mais admettons pour avancer, que Sylvanus Olympio, premier Président du Togo, a suffisamment fait d’émules dans sa famille et que cela ne saurait leur être reproché.

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Alberto Olympio ( lors de son investiture comme candidat du PT)


Interpellé hier par un tweet de l’Elysée sur une remise de rapport d’un certain Jacques ATTALI sur : « la francophonie économique », je me suis demandé à raison, pourquoi donc ce cher Jacques Attali, préface le livre programme du candidat du Parti des Togolais (Alberto Olympio ndlr), à paraître le 16 Octobre prochain?!? Pour la petite histoire, c’est cet « appui » de Jacques ATTALI qui est porté au bénéfice du candidat du PT, et ainsi pour beaucoup, cette « caution » vaut sésame, et ouvre l’accès du Palais de La Marina, au sieur Alberto. Mais regardons cela de près.

Arrêtons-nous tout d’abord sur l’aspect « Pochette surprise » d’Alberto Olympio ! Je dis cela pour sourire, mais cette expression correspond tout à fait à la personne, qui n’est connue des médias que depuis Novembre 2013. Dans sa tentative de se construire une existence notable et un contenu digne du poste qu’il brigue, il a publié sur ses différents comptes sociaux, des scans mal ajustés de ses apparitions dans les journaux. Il faut compter au total, cinq apparitions dont trois concernent sa société d’informatique « Axxend »installée à Dakar, qui aurait bénéficié de financements de CAURIS INVESTISSEMENTS, et aurait à son actif, l’édition d’un logiciel de comptabilité électorale ayant entre temps, fait le bonheur d’Ibrahim Boubacar Keita, actuel Président du Mali.

Faudrait-il donc juste quelques maigres articles de presse sur la réussite de son entreprise pour devenir Président de la République au Togo ? Dans la tête d’Alberto Olympio, il semble que oui, parce que ses déclarations  font état d’une certaine assurance sur l’issue du scrutin.

 « Je vous regarde dans les yeux et je vous dis : je serai le prochain président du Togo en 2015 »

 « Ma candidature n’est pas une candidature juste pour le plaisir, j’ai laissé de côté, une grande entreprise multinationale en Afrique,  pour me consacrer à mon projet politique pour le Togo […] »

 Je ne ferai aucun commentaire sur ces postures et proclamations, qui non seulement envoient de mauvais signaux, mais en plus sont stratégiquement improductives en matière d’élection. Ma modeste expérience des campagnes électorales, m’impose pourtant, que nul ne peut apparaître autant par magie et aussi discrètement et rassembler la majorité des suffrages, à moins d’être dans la fable de La Fontaine, Les voleurs et l’âne.

Un Chef d’Etat, élu ou en situation de l’être, ou il bénéficie d’un ancrage populaire et national forts, ou il s’appuie sur un appareil politique puissant, lequel d’ailleurs lui confère l’ancrage nécessaire.

C’est sans doute en pensant à un appareil politique puissant qu’intervient alors, pour les affidés d’Alberto, l’ingrédient « Jacques ATTALI ». Qui est-ce?



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Economiste, Ecrivain, Essayiste, Editorialiste, Conseiller d’Etat, Haut fonctionnaire… les attributs sont nombreux pour désigner celui qui de 1981 à 1991,  fut LE Sherpa, l’inamovible cerveau au service de l’ancien Président Français, François Mitterrand. C’est dire sa ferme orientation à Gauche, et le respect qu’il inspire dans les milieux économiques et politiques français. Il serait même à l’origine de l’intégration au Cabinet de Mitterrand, de l’actuel Président Français, François Hollande. Des coups de pouce qui ont un prix et qui créent de l’influence. Mais ne nous emballons pas encore.

Il est vrai, et c’est de notoriété publique, le Parti Socialiste français, n’entretient pas des rapports enamourés avec l’actuelle administration togolaise. Et ce n’est pas Koffi Yamgnane, activiste sans doute de cette situation, qui me démentirait. La politique est faite d’accords et de soutiens, il ne saurait être reproché au PS d’avoir des préférences vis-à-vis de certaines figures politiques de nos pays Africains. On peut ainsi, facilement se laisser séduire, à penser que Jacques Attali, l’homme qui murmure à l’oreille du Président de France, n’a pas pu fortuitement, préfacer un livre programme de campagne présidentielle dans un pays francophone, lui justement, qui vient de conseiller au Président de retrouver la croissance perdue de la France dans les pays francophones.

Pour beaucoup effectivement cela cache un adoubement discret de F. Hollande à Alberto Olympio et cela justifie leur intérêt pour ce monsieur qui a contrario, a tout à apprendre de la Politique et beaucoup à connaître sur le Togo.

Parce qu’il ne suffit pas de réussir une entreprise, pour diriger un pays, encore moins de détourner des chiffres publics, et en donner des interprétations biaisées pour estimer connaître  et comprendre les besoins du pays.


Le mythe Attali, s’il suffit à influencer la politique économique de la France, preuve en est que depuis Mitterrand il a produit des rapports pour tous les Présidents de France (CHIRAC, SARKOZY, HOLLANDE), ne suffira pas à influencer les Electeurs Togolais. La carrière d’Attali, suppose d’ailleurs, qu’il est un fin connaisseur, de la Politique et il m’est difficile de croire qu’il ait pu parier sur pareil outsider. Et aucune manœuvre ne saurait justifier l’élection de ce monsieur en 2015, au détriment du bilan de Faure Gnassingbé et du statut avéré de chef de file de l’opposition qui échoit (hmm) à Jean-Pierre FABRE.

Jacques Attali  il me semble, a été sollicité pour écrire une préface ; si le projet lui a semblé intéressant, ou pour faire plaisir à qui a demandé, il peut avoir griffonné quelques lignes. Ce n’est pas sorcier ! Et, cela ne vaut en rien un engagement de sa part et surtout pas une manigance de l’Etat Français pour installer quiconque à la tête de notre pays, démocratique et souverain qui plus est. Ledit Programme sortira mi-octobre et coûtera 17 euros (11.152 FCFA soit 30 bols de maïs à Lomé). Attendons de lire ce qu’a écrit le prescripteur Attali, avant de nous jeter dans les bras méconnus d’Alberto.

Du reste, je suis convaincu, et davantage ces jours-ci, que les calculs courts enfantent des désillusions. Nous prenons si vite nos fantasmes et ceux qu’on nous suggère pour des réalités, que nous risquons de tomber de haut. Je crois en la valeur de l’expérience et en la vérité des preuves des bilans de nos hommes politiques (faites le tri). Je ne saurais croire en l’histoire racontée du candidat « pochette surprise » Alberto Olympio, et je nous mets en garde d’engager par nos actions et nos votes, toute la destinée de notre pays.

Aussi, j’exècre ces gens imbus de leurs réussites, qui pensent que leur argent leur suffit à tout acheter. Celui-ci parle souvent et uniquement de sa réussite, et en taxant les opposants traditionnels de faire la « politique du ventre » il annonce que lui ne vient pas se remplir les poches. Il insiste tant sur son « immense sacrifice » d’avoir abandonné une carrière de chef d’entreprise à la tête d’une « grande multinationale Africaine », pour se consacrer à sa lutte politique, qu’en retour nous lui devons nos votes, pour acquît. Il dit enfin, avoir fait la promesse à son défunt père qu’ « il reviendra au Togo pour y apporter la bonne gouvernance, le développement et la liberté. ». Rien que ça.

Il est dit que les hommes politiques racontent des histoires pour se faire élire, celui-ci y va au culot en tous points. Et si quand-même, Jacques Attali le trouve si efficace que ça pour diriger le Togo, qu’il sache que nous ne sommes pas intéressés à remettre les clés de notre pays à un illustre inconnu, ignorant de nos réalités, alors que nous sommes à présent résolument tournés vers la croissance et déterminés à garder ce cap.

Qu’il fasse en sorte de le faire intégrer le cabinet du Président Hollande!

Cordialement!

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